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Revue de presse LE NOUVELLISTE 27 avril 2010 Dessins vagabonds Le château de Saint-Maurice présente tout l'été un panorama du carnet de voyage, de Delacroix à Zep, en passant par Töppfer. Voyages dans le temps et dans l'espace, l'exotisme a tous les visages. Après s'être penché sur les bonnes feuilles de Samivel, d'André-Paul, de Derib ou de Mix et Remix, le château de Saint-Maurice présente un panorama du carnet de voyage, 400 pages d'une quinzaine de dessinateurs. De Delacroix, père de l'orientalisme, à Zep, dont on découvre pour la première fois les méticuleux et foisonnants carnets de voyage, l'exposition montre la grande souplesse du genre. Carnets de croquis, certes, mais aussi recueil de pensées, collage de photographies, gouaches sur photocopies, tout est permis au voyageur pour fixer ses souvenirs. Jean-Pierre Coutaz, commissaire de l'exposition, élargit encore la palette en incluant le reportage dessiné, telles les magnifiques planches de Lepage et Chasseboeuf à Tchernobyl ou les croquis de poilus pendant la guerre de 14-18, patient et méconnu travail de Julien Leblant. Ce dessinateur oublié fait l'objet d'un beau film de Dominique Formaz qui ressuscite cette démarche originale, entre croquis pris sur le vif et reportage de guerre. Pour beaucoup de ces dessinateurs, le carnet de voyage constitue une première étape, souvent très intime, avant l'élaboration de l'oeuvre finale, BD pour Derib ou Cosey, peinture pour Delacroix et Maurice Denis, dont le château présente des fac-similé. A l'entrée, à noter les originaux prêtés par Jean Augagneur, spécialiste du carnet de voyage, André-Paul et Derib qui a croqué pour l'occasion un «Voyage dans le temps», des souvenirs du Valais de son enfance. - VÉRONIQUE RIBORDY 24 HEURES 30 avril 2010 Les carnets de voyage livrent leurs secretsLe château de Saint-Maurice (VS) présente les œuvres, parfois méconnues de quinze peintres et dessinateurs. Dont Zep, le père de Titeuf. A découvrir dès ce week-end.
 © LDD | Dans l’un de ses carnets de voyage, le Français Jacques Ferrandez capte l'atmosphère d'Alep, en Syrie.
François Birbaum, maître joaillier chez Fabergé à Saint-Pétersbourg, quitte précipitamment la Russie après la Révolution de 1917. De retour en Suisse, il reproduit les visages, les paysages et d’autres souvenirs sur le papier, à l’aquarelle. Jacques Ferrandez, lui, parcourt le Liban, la Syrie, Istanbul, Sarajevo. Croquis après croquis, ce Français né à Alger raconte aussi l’Irak au temps de l’embargo américain. Avec un style précis, raffiné, très proche de la bande dessinée. Deux hommes, deux approches du carnet de voyage. Jean-Pierre Coutaz, directeur du château de Saint-Maurice, consacre une exposition à ce genre artistique méconnu, voire déprécié. Au hasard des rencontres, il a réuni près de 400 dessins et aquarelles, de quinze artistes suisses et français. Entre les ambiances marocaines des années 1830 signées Eugène Delacroix et le reportage à Tchernobyl du duo de dessinateurs Lepage Chasseboeuf, en 2008, deux siècles d’observation et de narration attendent le visiteur. La guerre vue de la gare Les surprises sont nombreuses. A commencer par la contribution de Zep, qui ne voyage jamais sans un petit carnet relié de cuir. Là où tant de vacanciers prennent des photos, le père du célèbre Titeuf prend le temps de dessiner ce qu’il voit, mais surtout ce qu’il ressent. Suisse, France, Italie, Japon: il en ressort une foule de dessins, beaux et subtils. «A ma connaissance, il ne les avait jamais exposés jusqu’ici, se réjouit Jean-Pierre Coutaz. Il y a quelque chose d’intime dans chaque carnet de voyage.» Mais la principale révélation, à Saint-Maurice, concerne sans conteste Julien Le Blant. Né en 1851, ce peintre a partagé le quotidien des «Poilus» de la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918. Non pas dans les tranchées, mais à Paris, gare de l’Est, durant les rares permissions des soldats. Crayon en main, Le Blant saisit le regard inquiet des épouses, l’incompréhension des enfants, le désespoir et la lassitude de ces hommes envoyés au combat. Un an après la guerre, son exposition sera un fiasco. Incompris, Le Blanc meurt oublié en 1936. Ses incroyables dessins ont dormi dans un tiroir pendant près d’un siècle, jusqu’à ce que Dominique Formaz, enseignant au collège de Saint-Maurice, ne les découvre, stupéfait. A ne pas rater. - PATRICK MONAY LES POILUS DÉVOILÉS AU CHÂTEAULE NOUVELLISTE 20 mai 2010 - CHRISTINE SAVIOZ ARTUn enseignant du collège de Saint-Maurice retrouve les oeuvres de Julien Le Blant, peintre référence de son époque, pourtant mort dans l'oubli en 1936. Exposition de ces bijoux dans le château agaunois. «Je compare cela à des gens qui tomberaient sur une épave de bateau où il y a un trésor. Ils ont cherché l'endroit de l'épave, mais ont été surpris par le contenu du bateau», explique Dominique Formaz, professeur d'histoire de l'art au collège de Saint-Maurice et «découvreur» des travaux d'un grand peintre français de la Première Guerre mondiale: Julien Le Blant. Cet artiste français avait eu son moment de gloire à la fin du XIXe siècle; il avait reçu la médaille d'or à l'Exposition universelle de Paris en 1889 et avait été sélectionné pour représenter la France à l'Exposition universelle de Chicago en 1893. Il est cependant décédé en 1936 (à l'âge de 85 ans) dans l'oubli le plus total. Julien Le Blant avait immortalisé de nombreux poilus de la guerre 14-18 à la gare de l'Est à Paris. Comme l'homme n'avait pas de descendance, ses croquis, gravures et dessins avaient totalement disparu de la circulation jusqu'à la découverte de Dominique Formaz. Des travaux originaux à voir au château de Saint-Maurice, dans l'exposition «Carnets de voyage», jusqu'au 1er novembre 2010. Des mois de rechercheQuand Dominique Formaz raconte comment il a retrouvé ces trésors en janvier dernier, il ne cache pas son enthousiasme. «Je n'avais que des bribes au début, puis j'ai réussi à trouver un ou deux travaux de cet artiste et un jour de janvier j'ai retrouvé d'un coup des centaines de ses dessins dans le tiroir d'un marchand-brocanteur en Auvergne», raconte ce passionné d'art. Dominique Formaz a alors récupéré tous ces travaux originaux et, grâce à Jean-Pierre Coutaz, son collègue du collège de Saint-Maurice, il peut les présenter au public dans l'exposition sise dans le château agaunois. «C'est la première fois depuis cent ans qu'on peut voir ces travaux. C'est quand même exceptionnel», s'enthousiasme-t-il. Preuve de l'événement, le Valaisan a déjà reçu quelques demandes de musées français pour exposer les oeuvres de Le Blant. «Comme nous approchons des 100 ans de la Première Guerre mondiale, en 2014, le Musée de Vendée veut organiser une grande exposition sur Julien Le Blant. Il m'a donc déjà demandé de prêter les oeuvres que j'ai trouvées.» Croquis à la gare de l'EstL'occasion aussi pour les générations d'après-guerre de découvrir l'ambiance de la dure période de 1914-1918. A l'époque, Julien Le Blant - qui avait participé comme volontaire à la guerre de 1870 - voulait être engagé par l'armée française pour croquer les scènes de guerre sur le terrain, «pour faire en quelque sorte un travail de journaliste», raconte Dominique Formaz. Seul hic, comme il avait déjà 63 ans, l'artiste s'est vu refuser sa mobilisation. Il a alors choisi de se poster tous les jours à la gare de l'Est de Paris pour immortaliser les poilus - qui partaient en guerre ou en revenaient - et leurs familles. «Le Blant offre un regard sans complaisance; il montre les gens tels qu'ils sont. C'est une facette de la guerre qu'on ne voit pas souvent. Tenez, regardez ce dessin où l'on voit un papa rentrant de guerre défiguré devant son fils qui ne le reconnaît plus», s'exclame encore Dominique Formaz. Cette vision réaliste du conflit avait d'ailleurs desservi Julien Le Blant de son vivant. L'exposition qui lui avait été consacrée à Paris en 1919 n'avait pas eu autant de succès qu'à ses débuts. «Les gens n'avaient plus envie de voir ces images de la guerre. Ils ne voulaient plus en entendre parler. On lui reprochait de parler des gens peu glorieux. A travers son oeuvre, Julien Le Blant a montré le sentiment d'une guerre qui ne sert à rien.» Des travaux qui, aujourd'hui encore, frappent par leur réalisme et touchent. «Il a toujours osé montrer la tristesse des gens, leur misère. C'est d'ailleurs un des premiers peintres qui a représenté les personnes qui se faisaient fusiller», ajoute Dominique Formaz. Le peintre méritait bien d'être réhabilité. Croquis de voyages LE TEMPS mardi17 août 2010 Voyage de tous les dessins Le château de Saint-Maurice réunit quinze voyageurs jusqu’au 1er novembre Dédiée au «genre» du carnet de voyage, l’exposition de l’été au château de Saint-Maurice accueille une quinzaine de dessinateurs, selon un choix personnel qui mène de Delacroix à Zep. De l’auteur de Titeuf ou plutôt, en l’occurrence, de Philippe Chappuis, de son vrai nom, des croquis aquarellés tout de charme et de finesse, qui montrent un bout de barrière, le pan d’un petit temple, un arbre ou quelques lianes. Du célèbre romantique, dont le voyage en Orient, accompli en 1832, imprégnera l’ensemble de l’œuvre, quelques aperçus de ce voyage, visages, costumes, fragments de paysage. La notion de fragment est en effet inhérente au genre, liée à l’espace de la page et au caractère ponctuel de l’occupation que représente la tenue d’un carnet de voyage. Occupation entrecoupée de déplacements, de rencontres et de visites. De multiples destinations Les mobiles des artistes varient à l’instar des destinations, Tchernobyl pour l’un (Emmanuel Lepage), le Valais ou les rives du Léman pour les autres (Derib, André Paul), l’Extrême-Orient (Cosey), l’Irak (Jacques Ferrandez), un EMS pour Oscar Baillif, choix curieux dicté par l’identification des habitants de l’institution avec un «peuple du bout du monde». Deux observateurs de la Grande Guerre sont convoqués, Julien Le Blant et Raymond Renefer, reporters de ce voyage en enfer. Les zigzags de la visite passent auprès de Rodolphe Töpffer, de Maurice Denis et de François Birbaum, maître décorateur d’œufs Fabergé. Quant à Jean Augagneur, il fréquente la Chine post-Mao, ses campagnes, ses trains, optant de l’évoquer à travers l’humour et une grande variété de médiums et de styles, collages, images diurnes ou nocturnes, portraits, scènes de genre. Des lieux et des écritures à découvrir. Voyage au bout de la vie LE NOUVELLSITE du 19 août 2010 - CHRISTINE SAVIOZ EXPOSITIONOscar Baillif est l'un des quinze artistes à présenter ses croquis au château de Saint-Maurice. Son voyage de deux mois et demi dans un home est un parcours d'une rare humanité.  «Je me souviens de ces deux dames. Celle qui est à l'arrière était déjà dans un autre monde; l'autre dame était par contre bien présente», raconte Oscar Baillif devant l'un des dessins exposés à Saint-Maurice. DR «C'est étrange, car en revoyant ces croquis, je me souviens de chaque personne. Tenez, cette dame était grecque, elle chantait souvent; celle-ci fumait sans cesse; là, cette dame semblait déjà dans un autre monde.» Dans le château de Saint-Maurice, au milieu de ses dessins exposés dans le cadre des «Carnets de voyage», le dessinateur genevois Oscar Baillif (38 ans) paraît un peu ému. Ses dessins datent de 2003 - ils ont été réalisés dans l'EMS Val Fleuri, de Carouge - mais l'artiste retrouve vite son sentiment d'alors. Pour ses travaux, demandés par une animatrice de la maison de retraite, l'homme avait passé deux mois et demi, pendant l'été, dans le bâtiment. «Je restais environ une semaine dans chaque unité, tous les après-midis. C'était important pour moi de passer du temps avec les pensionnaires. J'étais dans le salon avec eux pendant des heures. Ils s'habituaient à moi; je m'habituais à eux», raconte-t-il. Les échanges entre les personnes «croquées» et Oscar Baillif étaient très subtils, car l'artiste avait le mandat de dessiner les pensionnaires qui ne pouvaient plus faire d'activités. «Ils ne marchaient pas, ne faisaient rien. C'était rare qu'ils parlent. Il n'y avait pas d'histoires de vie. Ce n'était pas le but de la démarche. C'était plutôt comme des petits feux d'artifice sortant par hasard.» Sans retouches Oscar Baillif a tout dessiné sur le vif. «Je n'ai rien retouché chez moi. Je prenais aussi des notes directement sur place. En cela, ces dessins sont vraiment des carnets de voyage.» L'artiste était équipé d'un chariot d'hôpital empli de pinceaux, stylos et aquarelles. «Je passais d'une demi-heure à une heure par dessin.» Oscar Baillif a représenté les scènes comme il les voyait. Sans les enjoliver. «Par exemple, je dessinais aussi le mobilier d'hôpital. C'est ce qui a parfois déplu aux familles des pensionnaires, qui n'auraient pas voulu voir cela, car ça faisait vraiment très hôpital; ce côté ripoliné, mais derrière lequel il n'y a plus de vie, plus rien.» Si l'artiste a tenu à passer du temps auprès des personnes âgées, c'est aussi pour trouver le côté humain non décelable au premier regard. «Au début, c'est plutôt la tristesse qui nous frappe. Il fallait rester une semaine pour attraper sur le vif les subtilités de vie.» Dans ses dessins, Oscar Baillif a ainsi posé des touches de couleurs. Souvent grâce aux robes à fleurs de certaines pensionnaires. «J'aime bien mettre un focus sur quelque chose; une façon de mettre l'accent sur ce point de vie.» Un peu de lumière dans ce monde si particulier du couloir de la mort. «C'était assez dur quand même. Le plus étrange, c'est que le matin et le soir, à cette époque, je rentrais chez moi et retrouvais mon fils qui venait de naître. Il y avait ce moment très fort de cycle de la vie.» Se confronter à la mort Jusqu'à cette expérience, Oscar Baillif avait fui les maisons pour personnes âgées. «Quand j'allais y voir ma grand-mère, je fonçais dans sa chambre et passais rapidement à travers les salons pour ne pas voir les pensionnaires», raconte-t-il. A Val Fleuri, pendant deux mois et demi, l'homme a bel et bien dû faire face à cette vie qui s'en va. «C'était un peu flippant de voir des personnes complètement hors du monde. Elles ne semblaient déjà plus là et avaient perdu leur univers. Le plus triste était de voir ces personnes qui avaient lâché, de leur vivant.» A contrario, Oscar Baillif se souvient d'un octogénaire qui, lui, avait réussi à garder son univers, grâce à sa créativité. «Il avait été poète dans sa vie active. Il l'était toujours. C'est cette créativité qui lui avait permis de faire le pont entre sa vie d'avant et celle d'alors.» Un pont. L'image est jolie, surtout lorsque l'on sait qu'Oscar Baillif a l'impression d'entrer dans un cargo dès qu'il ouvre la porte d'un EMS. «Comme sur un bateau, les gens sont là à attendre.» Sur le pont, pour leur dernier voyage.
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